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| Sujet: Phénomènes (The Happening) Jeu 3 Juil 2008 - 10:24 | |
| PHÉNOMÈNES (The Happening – 2008)
Écrit & Réalisé par M. Night Shyamalan Musique de James Newton Howard Avec Mark Wahlberg, Zooey Deschanel, Ashlyn Sanchez, John Leguizamo, Betty Buckley, Spencer Breslin, Robert Bailey, Jr., Frank Collison
Un étrange phénomène pousse des milliers de personnes au suicide. Attaque terroriste, revanche de la Nature ? Un groupe de survivants tente de fuir cet holocauste et de comprendre les raisons de ces suicides collectifs. Pour notre part, nous pouvons nous demander si un autre phénomène ne s’est pas emparé d’une poignée de réalisateurs. Steve Miner, Tobe Hooper, Brian Yuzna, Rob Zombie, et maintenant Michael Shyamalan… Mais qu’arrive-t-il donc au réalisateur de Signes ? Après avoir été (injustement) descendu en flèche à la suite de La Jeune Fille de l’Eau – une œuvre certes inférieure à ses prédécesseurs mais dont la beauté et les qualités ont surtout été incomprises –, on pouvait penser que Shyamalan tirerait profit de ses erreurs passées. Avec Phénomènes, le scénariste fait tout le contraire.
Malgré un concept intéressant, le sujet du métrage est exploité avec les pieds et s’achève par un final téléphoné, digne des pires productions hollywoodiennes. Le développement en lui-même manque de logique (le phénomène semble toucher uniquement les groupes importants puis attaque des individus isolés). De la même manière que les personnages manquent de cohérence : Elliot incarne un professeur surfait, qui n’existe probablement que dans la tête de son créateur ; les autres protagonistes sont écrits à la va-vite et témoignent, par conséquent, d’une personnalité trouble. Et pas question pour le scénariste de leur prêter un enjeu dramatique aussi poignant que celui de Signes ou du 6e Sens ; l’histoire et le parcours des personnages de Phénomènes ne passionnent jamais et empêchent toute identification.
Alors que Shyamalan avait jusqu’ici soigné sa mise en scène (voir les plans-séquence d’Incassable ou les cadrages sublimes de La Jeune Fille de l’Eau), The Happening dévoile une réalisation dépersonnalisée, plate, sans saveur aucune ; en sus d’une direction d’acteurs branlante. En roue libre, lesdits acteurs font preuve d’une performance déplorable – si l’on occulte toutefois la prestation correcte de Zooey Deschanel, simplement anéantie par la faiblesse de son personnage. La jeune Ashlyn Sanchez est loin de concurrencer les prouesses d’Haley Joel Osment pour 6e Sens ou des enfants de Signes. John Leguizamo a beau faire habituellement preuve d’un jeu convenable (Land of the Dead, Urgences), l’acteur patine dans la choucroute du début à la fin, en plus de pâtir d’un look à coucher dehors. Frank Collison sonne tout simplement faux. Même Mark Wahlberg – dont le talent de comédien n’est plus à prouver – se viande littéralement dans ce rôle de scientifique de pacotille.
The Happening aurait vraiment mérité une autre adaptation. Le fait que la Nature intervienne pour se protéger contre la menace humaine et les allusions évidentes aux attentats du 11 Septembre 2001 pouvaient à eux seuls réconcilier Shyamalan avec son public (et avec son talent !). D’ailleurs, des scènes aussi troublantes que le suicide des ouvriers, l’accident de voiture et l’attaque de la grand-mère sont là pour nous rappeler que le cinéaste situé derrière la caméra est bel et bien l’auteur du 6e Sens et de Signes. Le mauvais goût (passager, espérons-le) du réalisateur a contaminé l’interprétation des acteurs mais a épargné, par chance, le talent du compositeur. Seul véritable point fort de Phénomènes, le score de James Newton Howard – dont certains accords ne sont pas sans évoquer le thème principal de Je Suis Une Légende – distille une atmosphère oppressante de même calibre que Le Village ou The Sixth Sense. S’armant de mélodies tantôt enivrantes (Be With You) tantôt inquiétantes (We Lost Contact, Princeton), de thèmes à cordes lancinants (Vice Principle, You Eyein’ My Lemon Drink), d’accompagnements discrets mais angoissants (Rittenhouse Square, My Firearm Is My Friend) et d’envolées musicales somptueuses (Mrs. Jones), la bande-son de Phénomènes vous prend aux tripes d’entrée de jeu et situe, une bonne fois pour toutes, James Newton Howard à égale mesure de Hans Zimmer, Danny Elfman et consorts.
En dépit, donc, d’un score impeccable, de scènes d’angoisse réussies et d’autres séquences appréciables (le passage où Mark Wahlberg parle à la plante est géniale), The Happening constitue une immense déception. Autant il est facile de défendre Lady in the Water, autant il paraît impossible de déceler le savoir-faire de Shyamalan dans ce script mal élaboré, ces protagonistes-cliché et cette tenue de caméra parfaitement anodine. Pourvu que le cinéaste se remette réellement en question et comprenne à temps que, contrairement à ses œuvres précédentes, The Happening est foncièrement décevant, et pas simplement incompris par la majorité. Sans un tel travail d’introspection, la fin artistique de Shyamalan semble déjà pointer à l’horizon…
Musique : 4/5 Acteurs : 2.5/5 Réalisation : 2/5 Scénario : 1.5/5
NOTE : 10/20 |
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